Semaine 56 : Un Avant-Après

La Machinerie - Avant. ©Raphaël Charuel

La Machinerie – Avant. ©Raphaël Charuel

La Machinerie - Après. ©Raphaël Charuel

La Machinerie – Après. ©Raphaël Charuel

 

 

 

 

 

 

 

 

– Puisqu’il a été difficile cette semaine de se décider, on est allés chercher les choix précédents, et c’est donc la 22 qui gagne! En deux déclinaisons, d’ailleurs!

Raphaël vous emmène à nouveau dans l’or gris des Alpes. Qu’est-ce que c’est? Le ciment! Vous ne vous souvenez donc pas de l’expo que nous avions fait près de Nice puis à Grenoble à ce sujet? Le ciment, liant hydraulique (car il prend même sous l’eau) re-découvert et étudié par Louis Vicat au début du XIXe siècle, perfectionné et vendu par son fils Joseph Vicat, est obtenu à partir d’une roche calcaire marneuse, c’est à dire contenant entre 20 et 30% d’argile. C’est essentiel, car c’est cet argile qui donne au ciment sa propriété hydraulique. Et c’est qu’il en grouille dans les Alpes, et surtout dans les préalpes, de cette roche marneuse! Si les premières carrières souterraines furent pratiquées dans une roche qu’on appelle l’oxfordien (roche découverte près de la ville universitaire bien connue du Royaume-Uni, formée durant le Jurassique supérieur), il fut observé qu’un ciment de bien meilleur rendement était donné par le berriasien (Berrias-en-Casteljau, un peu moins connu!), un autre étage géologique tout juste plus récent puisque formé au Crétacé. C’est pourquoi les carrières exploitées dans le berriasien trouvèrent une postérité bien meilleure que les autres. La société des Ciments de la Porte de France, qui exploitaient à Grenoble la carrière du même nom, se vantaient d’ailleurs de cette roche pour en produire “les ciments les meilleurs du monde“! Le paradis des maçons, quoi.

Il faut donc savoir que, depuis cette époque et par ses alentours qui en regorgent, Grenoble est devenu le berceau du ciment. Une fois les procédés bien étudiés, la substance fut autant utilisée comme liant, que comme enduit, ou même matériau de construction. Avec du ciment, on fait tout: des ponts, des tuyaux, des galeries d’égouts, des tunnels,… En y insérant un treillis en acier, on obtient un ciment armé, supportant les longues portées, et en y ajoutant du sable et des graviers, c’est du béton! Mais au XIXe siècle, il servait aussi pour faire des moulures (celles que l’on voit sur les immeubles grenoblois) ou même des pierres factices! Discrètement, elles forment les façades de certains immeubles de style haussmannien. Il s’agit simplement de parpaings, simplement moulés en fonction de la demande des constructeurs et des propositions des cimentiers. Il existait des catalogues de toutes sortes de pierres factices, imitant tantôt la pierre de taille, tantôt la brique. En ce promenant dans le cœur historique de la ville, on aperçoit notamment côte à côte, l’immeuble aux Eléphants fraîchement restauré (ancien siège des ciments Berthelot, qui extrayaient à Vif), et l’immeuble de la Porte de France qui arbore les blasons de grandes villes françaises. On y voit là la guerre que pouvaient mener les grandes entreprises cimentières entre elles!

Le 25bis Crs Berriat. ©Raphaël Charuel

Le 25bis Crs Berriat. ©Raphaël Charuel

Un autre exemple qui n’aura pas échappé à notre amateur aguerri, celui de cet immeuble d’habitation dont le style est transitoire entre l’art nouveau et l’art déco. Le 25bis Cours Berriat, construit en 1924, propose au passant, hormis ses moulures baroques mêlées aux motifs rectangulaires, un bandeau rappelant beaucoup les ornementations en pierre meulière. Cette pierre d’un aspect irrégulier et spongieux, très solide mais résistant mal au feu, typique de… l’Île de France. Mais qu’on ne s’y méprenne pas, si la meulière est brune ou orangée, parfois noire, celle-ci est étrangement grise… Et d’ailleurs, l’encart apporte la réponse, “moulages en ciment Porte de France“!

 

 

Quel avantage donc de faire des pierres factices? Pour l’esthétique peut-être, et surtout parce que le ciment est plus résistant et moins cher que la pierre de taille. Peut-être aussi plus léger, sachant que la plupart des constructions grenobloises établies sur les alluvions du Drac reposent sur des pieux en bois (du mélèze, qui une fois immergé ne pourrit pas).

Parlons un peu de cette société de la Porte de France, déjà exploitante d’une carrière aux limites de la ville. Elle trouva la même couche géologique plus au Sud de la vallée, à l’autre bout de la ville, dans une colline formée par un repli du Vercors, le rocher de Comboire. Alors, dès les années 1840, deux exploitants vont s’y côtoyer pendant plus d’un siècle: Porte de France au Sud et au Nord, Guingat au milieu. Il va s’en développer un réseau de quelques dizaines de kilomètres de galeries, et d’une étonnante complexité. En effet, il était hors de question que les pierres d’un des exploitants se retrouvent chez l’autre. C’est ainsi que Porte de France fonça des puits, pour sortir ses ciments en bas, et Guingat édifia des plans inclinés, afin de sortir ses blocs en haut. Voilà tout simplement ce qu’on voit sur la photo de la semaine: le haut d’un de ces funiculaires, surmonté d’un local où se situait un moteur et un système de transmission vers une poulie, dont le seul témoin est aujourd’hui l’infrastructure… en béton armé! Pour le fin mot de l’histoire, Guingat fut racheté plus tard par la société de Joseph Vicat, qui dans les années 1960 devint actionnaire majoritaire de Porte de France, lui permettant d’accéder aux plus hautes fonctions de cette dernière, et de mettre fin à cette exploitation en 1968. Un coup de JO, et on en parle plus!

Pourquoi deux photos? La première, déjà assez convenable, fut prise le jour de la découverte de l’installation par notre photographe. Avec peu de matériel à disposition, car l’accès difficile nécessitait un minimum de recherche! La deuxième, à droite, avec son éclairage au fond rappelant un me-meffe qui arrive au loin, a été faite avec un peu plus de moyens d’éclairages, en vue d’illustrer le livre de Baudouin Lismonde, “Les carrières souterraines du Rocher de Comboire”, d’ores et déjà disponible auprès du CDS38! À vous de voir quelle est votre préférée, et si vous voulez savoir si elle a été publiée, et connaître plus cet endroit, achetez le livre qui coûte 15€ , mais ça peut quand même attendre le week-end!

Allez, on vous les remet en grand!

La Machinerie - Avant. ©Raphaël Charuel

La Machinerie – Avant. ©Raphaël Charuel

La Machinerie - Après. ©Raphaël Charuel

La Machinerie – Après. ©Raphaël Charuel

 

One thought on “Semaine 56 : Un Avant-Après

  • Coucou la boite A2 !
    C’est vrai que la photo 22 sur la mosaïque cachait bien son jeu…
    Merveille de la lumière qui modèle les espaces et les profondeurs
    Vivement la découverte de cet ouvrage sur Comboire
    JL et S

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