Semaine 62 : Rouge et Scabreux

©Raphaël Charuel - Rouge et Scabreux

©Raphaël Charuel – Rouge et Scabreux

– Pour cette semaine 62 et ce dernier cadeau du vendredi printanier (et oui, dans une semaine c’est l’été et on espère que la météo ira avec), Raphaël, en tant que photographe de spéléo à Grenoble, nous emmène une fois de plus dans une mine. Pas dans le 62, non non non! Mais aux antipodes, dans une mine de bauxite…

La bauxite, c’est un minerai. Et pas n’importe lequel, puisqu’il sert à fabriquer de l’aluminium. Le métal le plus abondant de l’écorce terrestre se trouve enfoui dans ces roches sédimentaires. Découvert à l’aube du XIXe siècle dans la composition de l’alun, qui lui donna son nom, c’est en 1821 qu’un chimiste nommé Pierre Berthier a trouvé une roche contenant en moitié de sa teneur de l’alumine, l’oxyde d’aluminium. Cette découverte eu lieu dans les contreforts des Alpes, au village aujourd’hui bien connu des Baux-de-Provence. C’est ainsi que le nom de ce minéral sera donné à partir du nom de la localité, comme souvent en minéralogie. Ainsi, Les Baux, dont le nom proviendrait du provençal “Baus”, falaise, bien connus pour leurs carrières de calcaire de grande qualité, où se déroulent dans l’une d’elles des expositions de mise en lumière, verront donc s’ouvrir des carrières de bauxite. Et oui, carrières, et non mines, on verra pourquoi par la suite.

Bien que l’alumine soit fortement présente dans la bauxite, entre 45 et 65%, son extraction est tout autre. Elle est même très complexe. En 1860, le procédé Deville-Péchiney permet d’extraire de façon industrielle l’alumine. Le second nom, restera bien connu, puisque Pechiney fut l’un des plus gros industriels de la filière jusqu’en 2003. Le groupe exploitait la plupart des gisements français. En tous cas, le procédé ne survivra pas aux années 1920, et sera remplacé par le procédé Bayer, connu depuis 1887, et toujours utilisé aujourd’hui dans l’industrie. On ne va pas s’étaler sur les réactions chimiques, tout est là. Ce procédé et d’autres qui viendront par la suite deviennent fiable et l’aluminium, matériau léger, malléable, résistant à la corrosion, conducteur électrique et thermique, abondant et on vous en passe, connaît un engouement dans les années 1960, et c’est à partir de là que sa production bondit. Et c’est d’ailleurs à partir de là que l’Etat français va s’intéresser à cette production, un marché important est en jeu! Ainsi, la bauxite devient une ressource concessible, on parle donc désormais de mines.

Ces mines prennent le plus souvent l’aspect de découvertes, l’extraction se fait à l’extérieur sur des couches proches de la surface. Mais dans les Alpilles, aux Baux, comme sur tout le pourtour méditerranéen français où existent la plupart des gisements, la couche exploitable présente un pendage: elle s’enfonce lentement sous terre. Déjà à l’époque des carrières, de nombreuses galeries souterraines avaient été creusées. C’est donc aussi de cette façon que l’exploitation sera poursuivie dans l’ère des mineurs, les Gueules Rouges, comme on les appelait. Les descenderies, galeries inclinées vers le fond, permettent au personnel d’accéder aux chantiers. Dans les années 1960, les machines prenaient plutôt l’aspect de gros camions, il leur faut donc des galeries à leur taille! Dans le roulage, abondamment consolidé avec du béton et des arceaux (en acier bien sûr, pas en alu…) c’est là que transitaient tous les ouvriers, les véhicules, les câbles, les conduites d’eau, eau qu’il était nécessaire de pomper, sans quoi, piscine garantie!

Aujourd’hui en France, la bauxite n’est plus exploitée depuis les années 1990. L’aluminium est importé d’Asie, d’Afrique, d’Australie, ou d’Amérique du Sud. Tout comme l’or, le fer, ou le plomb, son coût de transport est devenu bien plus rentable par rapport au coût de production. Aujourd’hui, son utilisation dans énormément de domaines est contestée, en effet certaines populations consomment trop d’aluminium dans leur alimentation, le métal étant utilisé comme colorant alimentaire, et très probablement comme ingrédient dans beaucoup de produits. Comme bien souvent dans l’extraction minière, sa production génère des nuisances environnementales principalement par rapport aux rejets des produits nécessaires dans les procédés de l’extraction de l’alumine. Même si l’aluminium est recyclable, sa production toujours polluante ne cesse d’augmenter, pas en France certes.

En attendant, c’est encore une industrie nous ayant laissé des kilomètres de galeries! Et qui sait, des fois, au fond d’une descenderie où Claire-Agnès pose pour la photo, on pourrait apercevoir une source de lumière… Ne serait-ce pas le soleil qui va nous éclairer cet été?

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